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Tabac : le modèle luxembourgeois sous pression face aux enjeux de santé publique européens

  • il y a 10 heures
  • 3 min de lecture

Chaque année, des milliards de cigarettes vendues au Luxembourg sont en réalité consommées au-delà de ses frontières. Cette situation soulève une question essentielle : ce modèle est-il encore compatible avec les objectifs européens de santé publique ?


Dans un article publié dans le Luxembourg Times, les ligues européennes, le Comité national contre le tabagisme (France), la Fondation contre le cancer (Belgique) et la KWF Dutch Cancer Society (Pays-Bas), appellent à une action européenne coordonnée pour réduire les écarts de prix du tabac. Elles y dénoncent l’impact du modèle luxembourgeois, dont les prix plus bas fragilisent les politiques de prévention des pays voisins et compromettent les efforts de santé publique à l’échelle régionale.



Un rôle central et des effets concrets


Avec près de 5 milliards de cigarettes vendues en 2024 pour environ 670 000 habitants, le Luxembourg occupe une place particulière en Europe. Ces volumes dépassent largement la consommation nationale : près de 88 % des ventes sont destinées à des non-résidents, attirés par des prix nettement plus bas que dans les pays voisins.


Le prix du tabac constitue l’un des leviers les plus efficaces pour en réduire la consommation. Or, au Luxembourg, un paquet coûte entre 5,50 € et 6,80 €, contre plus de 11 € en France, environ 9 € en Belgique et 8 € en Allemagne. Ces écarts de prix encouragent les achats transfrontaliers et limitent l’efficacité des politiques de prévention fondées sur une fiscalité plus élevée.


Ces différences de prix créent un déséquilibre et contribuent à déplacer une partie des coûts sanitaires vers les pays engagés dans des politiques plus strictes. 


Un contexte européen en évolution


L’Union européenne s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre une prévalence du tabagisme inférieure à 5% d’ici 2040 dans le cadre du Plan européen de lutte contre le cancer. Dans cette optique, une révision de la directive sur la taxation du tabac est actuellement en discussion afin de réduire les écarts de prix entre États membres. Le Luxembourg s’oppose à cette harmonisation, qui pourrait progressivement remettre en cause les avantages de son modèle économique, aujourd’hui en partie fondé sur ces différences de prix.


Une réflexion nécessaire pour l’avenir


Cet article met en évidence l’importance d’une approche cohérente à l’échelle européenne. La lutte contre le tabagisme ne peut être pleinement efficace que si les politiques nationales s’inscrivent dans une dynamique commune. Dans ce cadre, la fiscalité du tabac au Luxembourg constitue un levier clé. Une révision de cette fiscalité permettrait de réduire l’attractivité des achats transfrontaliers et de mieux s’aligner sur les objectifs européens de prévention du cancer.


Les données sont claires : l’augmentation des taxes — et donc des prix — réduit la consommation et l’entrée dans le tabagisme. Une hausse de 10 % des prix diminue la consommation d’environ 4 % dans les pays à revenu élevé, avec un impact particulièrement marqué chez les jeunes et les populations les plus vulnérables. Une étude montre également qu’une augmentation annuelle de 10 % des prix pourrait réduire d’environ 12 % le nombre de fumeurs de 50 ans et plus d’ici 2030, tout en diminuant les maladies cardiaques et respiratoires¹.


Un engagement plus fort du Luxembourg aurait ainsi des bénéfices concrets et immédiats pour la santé publique, au niveau national comme européen.



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